Idées

 

Notes du CAPE n˚33

 

Didier Chaudet, 10 juin 2019

 

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L’annonce est tombée comme un couperet : François-Xavier Bellamy, l’homme qui était censé « ressusciter » la droite de Laurent Wauquiez, l’a enterré une bonne fois pour toutes. Le faible résultat de la liste LR aux dernières élections européennes (8,48%) n’est en fait pas une une surprise. Ce n’est rien d’autres que la confirmation de l’échec d’une stratégie à droite, cherchant à séduire l’électorat du Front National, en oubliant le reste des citoyens. La défaite de N. Sarkozy en 2012, de F. Fillon en 2017, puis la déroute de F.-X. Bellamy, prouve qu’essayer d’ancrer la droite dans une logique identitaire a été suicidaire. Cela n’empêche pas les artisans intellectuels d’une telle défaite de continuer à vouloir pousser la droite vers l’extrême droite...

 

Pourtant, la droite républicaine n’est pas morte : on la retrouve par exemple en bonne forme électorale et politique, incarnée par le parti Agir, qui a montré la voie en refusant la confusion des idées de droite avec celles d’extrême droite. Cette force politique est de fait un des vainqueurs de ces élections européennes. Elle pourrait être une des bases de la renaissance d’une droite républicaine. Plus largement, si les partisans de la droite républicaine reviennent à leurs racines intellectuelles, radicalement différentes de celles de l’extrême droite, ils pourraient retrouver une place d’importance dans un jeu politique en pleine recomposition.

 

 

A l’intérieur : une droite républicaine retrouvant ses racines gaullistes ?

 

La droite républicaine pourrait renaître en revenant à ses deux racines intellectuelles : centre-droit et surtout gaullisme. La droite Sarkozy-Wauquiez considérait que la droite du passé, dominée par le gaullisme, n’était pas assez de droite. Une logique qui se retrouve déjà dans la campagne d’Édouard Balladur. La force d’un parti comme le RPR était pourtant de pouvoir attirer en son sein des citoyens culturellement de droite, mais aussi des personnes plus strictement gaullistes, qui pouvaient se retrouver sur certains sujets plus au centre voire à gauche. En opposition à l’approche d’un Philippe Séguin, c’est l’activité d’un Nicolas Sarkozy qui a liquidé ce gaullisme véritable, allant parfois au-dessus du clivage droite-gauche, et faisant l’originalité de la droite républicaine française.

 

Avec la crise qui frappe les Républicains, un renouveau assumé de l’approche gaulliste, bien sûr adapté au 21ème siècle, redevient possible. Le fait que Gérard Larcher, rattaché à cette tendance, et ayant dirigé un ouvrage intéressant sur le gaullisme (malgré un ou deux travers politiciens, comme ses louanges un peu exagérées en direction de l’ancien président Sarkozy) soit aujourd’hui vu comme un recours pour LR, est peut-être le signe d’une évolution dans ce sens.

 

Le gaullisme représente un patriotisme fondamentalement positif, voyant en la France un pays avec de réels atouts pour l’avenir, et un destin. Une approche en opposition avec le déclinisme et la xénophobie de l’extrême droite. Il a l’avantage de ne pas laisser la définition de la Nation aux identitaires, comme cela a été trop souvent le cas ces dernières années.

 

Et il ne se limite pas au conservatisme. Le 1er mai 1952, à Bagatelle, le général de Gaulle affirmait : « nous voulions de la gauche, ce qu’elle eut souvent de généreux : la volonté de progrès social ; de la droite, ce qu’elle avait, à maintes reprises, montré de noble : la tradition nationale ». La droite républicaine sous la Cinquième République, en France, a pu être forte en ne se moulant pas dans la division politique classique en Europe entre libéraux et socialistes. Une droite républicaine retrouvant ses racines gaullistes ne pourrait donc se limiter à être simplement le parti de l’Ordre, ou à défendre les intérêts des plus riches. Soutenir l’unité nationale, c’est aussi défendre l’intérêt des plus défavorisés, et ne pas oublier l’engagement de De Gaulle lui-même sur la question sociale. Débarrassée des idées venant de la droite la plus extrême et la plus conservatrice, une droite républicaine renouvelée et influencée par le gaullisme pourrait apporter des idées originales dans les débats politiques contemporains.

 

 

A l’extérieur : reprendre la recherche de « grandeur » du Général de Gaulle, au 21ème siècle

 

Bien sûr, un autre élément fondamental définissant le gaullisme est le désir d’indépendance, et même de « grandeur » pour la France dans ses affaires extérieures. Les présidents Sarkozy et Hollande ont réussi à faire triompher l’occidentalisme, une idéologie voyant l’Amérique du Nord et l’Europe comme un tout face à un reste du monde considéré comme un tout forcément menaçant. En bref, l’occidentalisme, c’est l’anti-gaullisme par excellence, par son abandon de toute idée d’indépendance ou d’ambition pour une France, ou même une Europe autonome.

 

Le gaullisme n’a jamais été un anti-américanisme : la France du général de Gaulle est restée dans le camp occidental face à la menace soviétique. Mais elle a refusé une vision idéologique simpliste menant à l’alignement systématique. Elle reconnaît l’importance des nations, toujours les principaux acteurs des relations internationales, et ne cherche pas à nier la notion de zones d’influence, une autre réalité encore d’actualité.

 

Une droite républicaine intelligente se saisirait de la logique gaulliste en politique étrangère, tout en l’adaptant aux réalités contemporaines. Indépendance et désir de grandeur pour la France devraient encore être les priorités de la diplomatie française : il est de simple bon sens de vouloir préserver une capacité d’influence dans le voisinage africain et moyen-oriental. Ladite capacité est en fait plus importante que jamais, en cette époque de dangers sécuritaires transnationaux (djihadisme, criminalité internationale) et des défis qui attendent l’Europe (questions migratoires, écologiques, climatiques).

 

Le retour à une logique vraiment gaulliste permettrait de construire des relations plus apaisées, à terme, avec la Russie et la Chine. Sans être naïve ou laxiste, quand la France semble menée une politique trop agressive contre ces puissances, elle va contre ses intérêts bien compris. Il est possible d’être clair sur l’opposition française à toute politique russe (ou autre) déstabilisatrice pour l’UE ou certains de ses États-membres, en évitant la logique de Guerre froide qui est celle de certains aujourd’hui. Et même au sein de l’UE actuelle, la logique gaulliste aurait du sens, en rappelant que l’Union entre Européens n’a de sens que s’il s’agit de nous donner les moyens, collectivement, de peser à l’international, et de ne pas devenir les pions ou les auxiliaires d’autres grandes puissances.

 

 

Une droite républicaine clairement opposée à l’extrême droite, et retrouvant son héritage gaulliste, pourrait apporter des réponses spécifiques, différentes des autres grands blocs idéologiques existant en France : droite extrême / identitaire, centrisme associé au président Macron, gauche sociale-démocrate et écologiste, et enfin, gauche « insoumise » et/ou marxisante. Pour l’instant, seules les deux premières forces de cette liste sont réellement organisées, ce qui appauvrit le débat politique. Débat qui se limite trop souvent à des positions anti-Le Pen ou anti-Macron. Beaucoup de Français ne se retrouvent pas dans ce nouveau bipartisme : il faut leur offrir des alternatives, pour notre bonne santé démocratique. Et une droite républicaine refondée pourrait être l’une d’entre elles.