Géopolitique

Didier Chaudet

20/01/2017

Publié sur le blog Géopolitique sur la Route de la Soie, du journal Réforme

https://www.reforme.net/blog/geopolitique-sur-la-route-de-la-soie/le-bilan-de-ladministration-obama-en-asie-centrale/

Que peut-on dire du bilan de l’administration Obama en Asie centrale (post-soviétique, donc les cinq pays habituellement classés sur cette dénomination, Kirghizstan, Kazakhstan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan) ?

Globalement, le moins que l’on puisse dire, c’est que ce bilan est contrasté. Mais il ne faut pas oublier que sa diplomatie ne s’est pas construite sur une table rase : dans ces régions du monde comme ailleurs, Obama a tenté de reconstruire ce que l’administration Bush avait en partie détruit ou établi dans une logique plutôt négative, court-termiste, potentiellement dangereuse.

Intérêts militaires importants

Sur l’Asie centrale il a confirmé une évolution déjà visible sous la deuxième administration W. Bush mais qu’il a rendu plus claire et directe : intérêt limité pour cette zone traditionnellement sous domination russe, et refus de s’y compromettre avec les régimes locaux. Des relations cordiales maintenues, mais une analyse sans compromission, en réaction à l’oubli du volet droits humains / démocratisation de W. Bush, et allant parfois dans l’excès inverse, rendant le caractère répressif des régimes locaux directement responsable de leurs problèmes sécuritaires, sans prendre en compte le problème afghan.

Mais encore une fois, réaction logique après une première administration W Bush qui avait fortement compromis ses valeurs au nom des intérêts américains sur le court terme. Des intérêts militairement importants pour la lutte en Afghanistan mais aussi marqués par une vision géopolitique classique, dans l’opposition aux Russes et aux Chinois, qui ont vite été mal à l’aise face à la présence visible et militaire des USA dans la région.

Regain d’intérêt

Les deux dernières années du deuxième mandat Obama, on aura vu un regain d’intérêt américain face à l’Asie centrale, mais sur des bases différentes et réalistes : l’influence sino-russe dans la région n’est clairement pas contrée ; Washington, sous l’impulsion de John Kerry, a décidé de soutenir de permettre des rencontres régulières entre haut représentant des États-Unis (secrétaire d’État le plus souvent) et Centrasiatiques (souvent au niveau des ministères des Affaires étrangères ensemble).

Il s’agit non seulement de créer un lien particulier avec Washington mais aussi d’aider les Centrasiatiques à discuter entre eux, et à mieux coopérer ensemble avec le temps. Le but est aussi de soutenir une initiative de développement économique qui complète plutôt qu’elle ne concurrence la « Nouvelle Route de la Soie » chinoise, se concentrant sur le soutien financier à l’entrepreneuriat, alors que les Chinois se concentrent sur les infrastructures. En bref, il s’agit de ne pas insulter l’avenir d’un point de vue géopolitique, sans tomber dans un engagement qui pourrait provoquer plus de réactions négatives que positives.

Une diplomatie à l’image de l’administration Obama donc : prudente, protégeant les intérêts américains, évitant une realpolitik classique qui a montré ses limites.