Géopolitique

Didier Chaudet, Directeur de la publication, CAPE

09/12/2016

Sécurité en Eurasie (14)

On a déjà rappelé, de manière générale, dans la précédente chronique sur la "Sécurité en Eurasie", l'importance d'une diplomatie française respectueuse de la Russie sans être alignée sur les affaires eurasiatiques. C'est particulièrement vrai dans la région du Caucase.

 

Dans le Caucase du Sud, la priorité du nouveau président de la République française devrait être de trouver un moyen d'apaiser les tensions dans le Haut-Karabagh entre Arménie et Azerbaïdjan. On a pu constater que clairement, il ne s'agissait plus d'un conflit "gelé" aujourd'hui. Et ici aussi, comme sur les dossiers géorgien, ukrainien, ou centrasiatique, il serait difficile pour une diplomatie française soucieuse de ses intérêts de totalement s'aligner sur la Russie. Bien sûr, sur ce dossier comme sur tous les autres dans l'espace post-soviétique, rien ne se fera sans elle: la paix passera forcément par le Kremlin. Mais elle demandera aussi un travail de persuasion pour que la Russie change d'attitude. En effet, cette dernière joue de la tension entre Azerbaïdjan et Arménie pour conserver une influence importante sur les deux Etats. Et cela tout en exploitant une logique pro-Arménie qui a, en fait, surtout servi à transformer ce pays en quasi-dominion. D'un point de vue réaliste et vu de Moscou, c'est bien sûr intelligent sur le court terme: cela aide à la domination russe du Caucase du Sud, en tout cas selon une vision très traditionnelle de la géopolitique. Mais à plus long terme, c'est dangereux: avec la course aux armements actuellement en cours, les tensions et les rancœurs toujours à vif, un dérapage vers une nouvelle guerre est possible. Ce qui serait une situation désastreuse pour les intérêts des pays de la région, mais aussi pour l'Europe qui a besoin de l'Azerbaïdjan pour sa sécurité énergétique, et pour la Russie. Une France qui se laisserait trop tenté par un alignement avec la Russie serait incapable d'empêcher le pourrissement de la situation sur place tel qu'on la conçoit. Alors qu'à Bakou comme à Erevan, on attend beaucoup de Paris, sensé aider à améliorer les choses via le groupe de Minsk.

Lire la suite ici