Géopolitique

Mathieu Boulègue, responsable du programme Sogdiane

16/08/2016

La situation sécuritaire entre Kiev et Moscou s'est particulièrement dégradée ces derniers jours autour de la question de la Crimée. Le 10 août, le Kremlin annonçait avoir capturé et tué des "saboteurs" ukrainiens, issus d'une unité de reconnaissance de l'armée, qui auraient tenté de s'infiltrer en Crimée. Un agent des services de sécurité russes (FSB) aurait également été tué. Cette tentative d'incursion en "territoire russe" avait été dénoncée par Moscou comme du "terrorisme" et un acte mettant en péril la stabilité sécuritaire régionale et, en conséquence, des accords de paix de Minsk 2 dans le Donbass ukrainien.

 

Passées les réactions diplomatiques -notamment l'annonce du président ukrainien Petro Poroshenko que les troupes ukrainiennes seraient placées en état d'alerte maximale- et la confusion sur les motifs et les causes derrières ces événements, il convient de constater que des affrontements ont réellement eu lieu à la "frontière" avec la Crimée. Toutefois, de telles incursions -réalisées aussi bien par les forces russes, qu'ukrainiennes de part et d'autre de la frontière- sont monnaies courantes depuis 2014. L'affaire reste donc circonstancielle et ne représente pas une tendance à la dégradation du contexte sécuritaire. Il convient par conséquent de relativiser cette soudaine montée de la tension: elle représente un moment plus politique et diplomatique que purement militaire ou tactique.

 

D'un point de vue purement tactique, les rapports initiaux quant à une éventuelle opération militaire russe d'ampleur sont peu lisibles. En effet, Moscou ne prépare vraisemblablement pas d'intervention armée supplémentaire en Ukraine, que ce soit depuis l'Est ou le Sud en direction Marioupol. Difficile en effet de croire qu'une opération massive puisse être réalisée depuis l'isthme de Crimée. D'autant plus que la posture militaire russe dans le Donbass et le long de la ligne de contact est restée inchangée depuis, un fait reconnu même par le ministère de la Défense d'Ukraine.