Géopolitique

Première partie

Quel impact la mort du chef des Taliban peut avoir sur le champ de bataille?

Chroniques d'Asie du Sud-Ouest (42) 

L'Afghanistan n'intéresse plus beaucoup en France. C'est une erreur, comme on l'a expliqué ailleurs. Plus encore aujourd'hui, alors qu'on semble être à un tournant. En effet, le leader des Taliban, le mollah Akhtar Mansour a été liquidé par un drone américain le 21 mai 2016. Alors que l'offensive de printemps de la rébellion, cette année, semblait être particulièrement violente, cette exécution permettra-t-elle une évolution plus favorable pour le gouvernement à Kaboul sur le champ de bataille?

On est en droit d'en douter. Voici pourquoi:

1. La mort d'un seul homme ne peut pas briser une rébellion aussi importante

La rébellion des Taliban, ou plutôt des néo-Taliban est complexe. Son plus haut leadership était souvent déjà actif et proche du mollah Omar dans les années 1990. Mais les lieutenants combattant sur place, et leurs soldats, sont issus des souffrances afghanes, des guerres et des tensions ethnico-religieuses qui déchirent ce pays depuis des décennies. Leur formation s'est faite, souvent, dans les camps des réfugiés et les écoles religieuses rigoristes à la frontière afghano-pakistanaises, pour ceux qui combattent depuis le début de la décennie 2000. La génération formée après 2001 l'a été avec l'aide de djihadistes étrangers, notamment Al Qaïda. Idéologiquement, ce sont islamo-nationalistes radicaux, pour beaucoup d'entre eux: ils ne baisseront pas les bras si facilement.

De plus, la rébellion ne fonctionne pas d'une façon purement pyramidale: décapiter son leadership ne signifiera pas une paralysie généralisée. Sinon, la mort du mollah Omar aurait déjà signé l'arrêt de mort des Taliban.

Surtout, cette rébellion représente aussi l'échec des gouvernements successifs à Kaboul post-2001. En effet, certaines poches d'opposition au pouvoir légal sont nées de tensions locales face à la corruption et à la mauvaise gouvernance de leaders ne devant leurs postes qu'à des amis bien placés dans la capitale afghane... Parfois des tensions ethniques ont également poussé des victimes à se tourner vers les Taliban. Certes, ces tensions se sont estompées au niveau des élites politiques, et de la jeunesse dorée de Kaboul. Mais au niveau de l'Afghan du quotidien, elles restent une réalité, surtout entre Pachtounes et non-Pachtounes. En tout cas, dans ces deux cas de figure (tensions locales et ethniques, que le gouvernement de Kaboul n'a pas su apaiser), la mort d'un leader n'entrainera pas un changement radical dans la motivation et l'organisation des rebelles. Cette rébellion représente des problèmes profonds en Afghanistan, qui ne pourront pas disparaître uniquement par l'emploi de drones.

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