Géopolitique

Chroniques d'Asie du Sud-Ouest (41)

On l'a vu la semaine dernière, une présidence Trump serait, à première vue, plutôt une mauvaise nouvelle sur le dossier afghan et pour les relations américano-pakistanaises. Mais une présidente Clinton ferait-elle mieux? On pourrait se laisser aller à répondre positivement: elle a une longue expérience des affaires internationales, comme femme politique, ancienne Première Dame, ancienne Secrétaire d'Etat. Mais expérience ne signifie pas fine compréhension du monde. Surtout quand l'idéologie s'en mêle. Chez toutes les grandes puissances, une certaine idéologie nationaliste/impérialiste domine, naturellement. C'est très clair à Moscou, la "Troisième Rome"... mais c'est tout aussi marquant à Washington, dominé par un "exceptionnalisme" américain justifiant, trop souvent, l'emploi de la force. Cette idéologie se retrouve y compris chez des analystes sérieux faisant partie de la petite élite intellectuelle spécialisée dans les relations internationales... Et Hillary Clinton l'incarne parfaitement. En fait, les interventionnistes néoconservateurs, et plus largement de droite façon McCain ou Cheney, ont plus de chance de se retrouver en elle qu'en Donald Trump.

Hillary Clinton en politique étrangère: une préférence pour l'affirmation de la puissance américaine, surtout par la force

En effet, par le passé, elle semble avoir systématiquement soutenu le choix du hard power sur différents dossiers. Elle souhaitait le bombardement de la Serbie en 1999, alors qu'elle était Première Dame; elle a apporté son soutien à la guerre en Irak de 2003; elle aurait préféré garder des troupes en Irak; mais elle voulait aussi voulu bombarder la Syrie, a soutenu l'envoi d'armes aux rebelles syriens, et le changement de régime en Libye qui a créé le chaos que l'on sait... Enfin, elle n'est clairement pas en faveur d'une continuation de l'apaisement des relations irano-américaines voulu par le couple Obama-Kerry. En fait, elle aura été, toute sa vie, un soutien fidèle à l'interventionnisme américain, classique depuis l'administration de Bill Clinton. Un interventionnisme qui ne fait pas confiance aux autres grandes puissances et aux puissances moyennes qui ne sont pas inféodées aux Etats-Unis (Russie, Chine, Iran principalement aujourd'hui). Et qui voit l'utilisation de la force militaire comme un outil parmi d'autres de sa diplomatie. Le problème de cette politique, c'est qu'elle peut être considérée comme en partie responsable de la montée en puissance d'Al Qaïda (par la destruction de l'Irak de Saddam Hussein) ainsi que du développement de Daech (impossible sans les chaos irakien et syrien)...

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