Géopolitique

Billet publié pour le blog Géopolitique de la Route de la Soie pour l'hebdomadaire Réforme

17 mai 2016

 

Le jeudi 12 mai 2016, une cérémonie d’inauguration annonçait officiellement au monde, et à la Russie en particulier, qu’un système de défense anti-missiles, basé sur la station militaire de Deveselu, en Roumanie, était maintenant opérationnel.

La construction de cette station a commencé en octobre 2013, et a coûté 700 millions d’euros : il ne s’agit donc pas d’une surprise pour les Russes, mais cela confirme leur vision des choses.

Pour eux, ce "bouclier" est surtout un moyen américain de neutraliser leur capacité de frappe nucléaire en cas de guerre mondiale entre l’Occident et la Fédération de Russie. Il peut paraître effrayant de penser qu’aujourd’hui, sur le continent européen, on pense à la possibilité d’une telle guerre. Mais cela représente bien le piteux état des relations entre le Kremlin et l’Occident.

On peut comprendre que la Russie se sente menacée par ce dernier : l’OTAN est une structure de guerre froide, fondée pour lutter contre l’influence de Moscou. Avec la chute du Mur, son pendant soviétique, le Pacte de Varsovie, a disparu.

L’OTAN, en revanche, a non seulement survécu, mais s’est rapproché de ses frontières. Et cela dès les années 1990, à l’époque où les Russes n’étaient pas une menace, et qu’ils devaient même lutter pour éviter une plus grande fragmentation.

Enfin, récemment, le nouveau commandant en chef des forces de l’OTAN en Europe, le général américain Curtis Scaparrotti a renforcé le point de vue des plus nationalistes au Kremlin.

Danger pour la stabilité de l’Europe

En effet, lors de son premier discours, en Belgique, il a évoqué le souhait de la Russie d’agir comme une "grande puissance" (concrètement, cela veut dire dominer son voisinage) comme un défi pour les pays membres de l’Organisation.

Cela va, d’ailleurs, dans le sens de la récente proposition d’ajouter quatre bataillons de mille hommes aux 4200 soldats déjà présents dans l’Est européen, ouvertement positionnés pour répondre à une menace russe. Quand on regarde les choses de Moscou, difficile de ne pas se sentir visé comme un ennemi.

Mais le Kremlin est-il totalement innocent de la montée des tensions actuelles ? Bien sûr que non. La guerre contre la Géorgie (2008), puis la crise ukrainienne, permettant à Moscou de (re)prendre la Crimée (2014), représentent des Rubicon que les Russes n’ont pas hésité à franchir.

La paix a été maintenu en Europe (de l’Ouest après 1945, et en général, excluant les Balkans, après 1991) et en Eurasie (après la chute de l’URSS, quand le groupe de Shanghai, devenu Organisation de la coopération de Shanghai, a assuré l’intangibilité des frontières) par le refus radical de l’emploi des armes pour changer les frontières.

Le choix russe de régler des différends géopolitiques par la force a confirmé les peurs des pays d’Europe de l’Est et du Caucase du Sud, refusant d’être satellisés. La réponse du Kremlin au déploiement possible de 4000 hommes supplémentaires par l’OTAN ne va que confirmer leurs pires craintes. En effet, Moscou parle d’opposer à ces nouveaux bataillons de l’OTAN pas moins de 30 000 soldats supplémentaires. Leurs divisions devraient être créées d’ici la fin de l’année.

Américains comme Russes peuvent évoquer des arguments rationnels pour étayer leurs positions respectives. Mais la réalité est qu’ils mettent en danger la stabilité de l’Europe et de l’Eurasie. Si l’UE représentait une Europe puissante et indépendante, Moscou et Washington éviteraient peut-être de considérer notre continent comme le terrain de leurs oppositions géopolitiques…