Géopolitique

Cyrille Bret, EurAsia Prospective

Les difficultés économiques de la Russie sont en partie liées à des causes conjoncturelles mais ce sont des facteurs structurels endogènes qui pénalisent le plus durement l'économie russe. Pour asseoir son pouvoir, Vladimir Poutine s'est depuis l'année 2008 concentré sur les questions de politique étrangère au détriment de l'économie. Les handicaps dont souffre l'économie russe ne pourront être levés que si Vladimir Poutine fait preuve de davantage de rationalité...

Atlantico: Au cours des douze derniers mois, le PIB russe a baissé de 3,9% . On relève par ailleurs des signaux inquiétants comme le fait que la Russie n'attire plus les investisseurs étrangers. Les difficultés économiques russes sont-elles liées à des causes structurelles ou à des causes conjoncturelles? Comment expliquer la perte de confiance des investisseurs étrangers?

Cyrille Bret: Si l'on analyse la situation d'un point de vue macro-économique, on constate que la période de 1998, année qui marque la première grande crise post soviétique, à nos jours, est une période de relative prospérité avec des taux de croissance autour de 3-4%, à l'exception de 2008; année de contraction générale de la demande suite à la crise financière et de la séquence ukrainienne de 2014-2015 où il y a une stagnation puis une contraction du PIB autour de 4%. Les chiffres avancés par le FMI et par la Banque mondial en décembre laissent envisager une contraction du PIB pour 2016. 

La situation macroéconomique de la Russie est donc négativement orientée pour l'année qui vient ce qui contraste avec les annonces qui ont été faites par Vladimir Poutine lors de sa conférence de presse du 17 décembre. 

La question des causes des difficultés économiques de la Russie se pose. Sont-elles conjoncturelles ou structurelles? Sont-elles endogènes ou exogènes? Il y a bien évidemment des causes exogènes et conjoncturelles. D'une part, les sanctions américaines et européennes et les contre-sanctions russes ont eu des conséquences sur l'économie russe: elles ont poussé les biens de consommation à la hausse, l'inflation, qui est un mal présent depuis les années 1990, a vu son taux repartir au-dessus de 10%, le tarifement  des financements sur les marchés internationaux a également été impacté suite aux sanctions et la Russie a du mal à financer ses propres investissements. D'autre part, les chocs exogènes de la baisse des cours du pétrole autour de 30$ alors que le point d'équilibre des budgets publics russes se situe autour de 80-90$, creuse bien évidemment le déficit public russe pour l'année qui vient.

Mais les causes sont surtout structurelles. L'absence de diversification de l'économie russe est un véritable problème: quand les exportations d'hydrocarbures représentent 20% du PIB d'un pays et plus de 50% des recettes de l'état fédéral, on est face à un pays qui est surdépendant à l'égard des hydrocarbures. Par ailleurs, la corruption handicape énormément le pays et décourage les investissements étrangers et les investissements des Russes en Russie. Cela consacre la fuite des capitaux et conduit au troisième problème d'ordre structurel: la faiblesse monétaire.  Le rouble est attaqué depuis des années et des années mais pour empêcher les trappes monétaires, la banque centrale durcit depuis des mois les conditions du crédit au-delà de 10% du taux de directeur ce qui décourage l'investissement.

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