Géopolitique

Didier Chaudet, vous êtes le Directeur de la publication d’un nouveau think tank, le CAPE (Centre d’Analyse de la Politique Étrangère). Pouvez-vous le présenter ?

Ce projet, né courant 2015, et présenté en détail sur notre site internet (www.capeurope.eu), est d’abord un effort collectif, de plusieurs professionnels, en majorité Français et francophones, qui se désolent de l’état de la France, et de la mauvaise image de l’UE dans l’opinion publique. Certains d’entre nous avons eu une expérience politique (ministères, partis politiques…) ou intellectuelle (journalisme, analyse spécialisé pour un think tank ou une université…). Nos expériences respectives, et notre ‘ras-le-bol’ face au discours ambiant sur l’Europe nous ont amené à monter ce qu’en anglais, on appelle un ‘advocacy think tank’.

Le CAPE est en effet un groupe de réflexion, qui s’impose une rigueur intellectuelle réelle, mais qui n’hésite pas à se positionner idéologiquement. Oui, nous sommes des patriotes de nos pays respectifs, mais aussi des patriotes européens. Et nous voulons voir émerger une Europe puissance au 21ème siècle. Cette affirmation politique et idéologique, c’est sans doute ce qui nous différencie des principaux think tanks français qui ont un fonctionnement plus proche du centre de recherche européen que du think tank au sens propre du mot. Ce qui est très bien également : nous suivons juste choisi une voie différence, plus marquée politiquement. Les think tanks traditionnels sont comme la Brookings ou la Carnegie à Washington, des institutions dont les analystes pourraient tout à fait faire le même travail à l’université de Georgetown dans la même ville. Nous somme plus proches, dans notre façon de fonctionner, de ce qu’on trouve, aux Etats-Unis, à gauche, avec le Center for American Progress, et à droite avec Heritage Foundation.

Attention : se dire engagé pour l’Europe ne veut pas dire être un de ces ‘cabris’ dénoncés, avec raison, par le général De Gaulle. On peut être pro-Européen et être très critique des faiblesses de l’UE, de son manque de démocratie. Comme on reste un bon patriote français même quand on s’agace des crispations identitaires et des peurs déclinistes qui font vendre du papier en France. Nous voulons informer sur l’UE, contre-attaquer face à certains mensonges des Eurosceptiques, mais aussi mener une critique constructive de l’UE quand c’est nécessaire. Nous rejetons le discours des Eurosceptiques, mais aussi des « Europtimistes » béats, qui n’ont pas pris en compte, sur ces deux dernières décennies, les agacements et demandes des peuples européens.

Autre différence avec beaucoup d’Europtimistes, qui semblent penser que l’UE fonctionne en vase clos, nous refusons de limiter notre analyse à la seule Europe. L’UE est dans le monde, et doit comprendre la géopolitique actuelle telle qu’elle est, pas telle que certains ‘citoyens du monde’, à Paris, à Bruxelles, ou ailleurs en Europe, aimeraient la voir. Le CAPE donne, en conséquence, une grande importance à l’analyse des affaires du monde.

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