Géopolitique

Penser le terrorisme autrement (1)

1er décembre 2015

Summary in EnglishIn the French war against IS, Paris should make its political/diplomatic choices carefully

This article advises the French government to follow three main ideas: first, to define clearly who is the enemy. It means here to target the jihadists and other transnational jihadists active in Syria and Iraq, the ones who clearly wants to use violence against the state and the French people. The rigorist religious Muslims should not be the target from a counter-terrorist point of view. Second, French diplomacy should avoid an ideological rigid stance. It is because of such an ideological approach that we went to war against Libya, a project which has been as 'successful' as the disastrous Amercan War on Iraq in 2003. It is time for pragmatism: our main enemy in Daesh and other transnational jihadists who have decided that their targets are France and the French people. Hence they should be ours as well. Last but not least, in our War against Daesh, we should look for strong, long-term allies in the Muslim world. To fight Daesh from a military and ideological point of view, the author sees three states interesting for France: Tunisia, Iran, and Pakistan.

 

Les attentats du 13 novembre ont choqué la France, et c'est compréhensible. Maintenant on attend des politiques et des analystes plus ou moins spécialisés une certaine hauteur de vue, essentielle afin de mener une contre-offensive qui soit clairement victorieuse. Cela demande également de s'efforcer à faire un travail de réflexion qui puisse aller au-delà de la reprise des idées lues ailleurs. C'est ce que s'efforcera de faire cette petite série d'articles Penser le terrorisme autrement.

Il est essentiel, pour qu'une réponse adéquate soit donnée aux meurtriers à la solde de Daech, de suivre quelques idées simples, souvent déjà évoquées ailleurs par des personnes de bon sens, à demi-mot ou ouvertement:

Ne pas se tromper d'ennemi. Cela a été très bien expliqué par le sociologue Raphaël Lioger: il faut bien faire la différence entre le salafisme fondamentaliste et "les nouveaux ninjas de l'islam". Le salafiste, cousin de l'orthodoxe pur et dur dans d'autres religions, qui n'a pas de logique politique, qui condamne le terrorisme, mais qui est obsédé par les questions de mœurs, peut gêner un grand nombre de Français. Et il n'est pas question de céder sur des questions importantes liées aux droits de la Femme, au nom du 'multiculturalisme'. Mais d'un point de vue sécuritaire, ce n'est pas lui le problème. L'ultra-orthodoxe est souvent un ennemi de Daech, pour des raisons idéologiques, et le travail contre les mosquées 'radicales' a déjà été fait par le passé, ce n'est donc plus une source d'inquiétude réelle aujourd'hui. Le problème vient souvent de jeunes issus de milieux déstructurés, avec parfois un passage par la délinquance, qui se radicalisent sur internet, sans réelles connaissances religieuses. Donc se focaliser sur la taille de la barbe de son voisin de palier, ou sur la question du voile, est strictement hors sujet. Notre travail de police et de renseignement doit cibler celles et ceux qui peuvent être un réel danger sécuritaire. Plus difficile, moins spectaculaire, moins facile que la logique islamophobe, c'est vrai: mais plus efficace d'un point de vue contre-terroriste.

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