Géopolitique

Chroniques d'Asie du Sud-Ouest (30)

On a failli vivre une situation diplomatique absurde, symbole, en partie, de certaines de nos rigidités. Avant les tragiques attaques terroristes qui ont touché la France, le président iranien réformateur, Hassan Rohani, était censé rencontrer François Hollande le 17 novembre. Or les journaux français et internationaux se sont vite faits l'écho d'une rumeur: des conseillers diplomatiques auraient exprimé leur "irritation" face au blocage iranien quant à la présence de vin lors du dîner prévu entre les deux chefs d'Etat... Un petit-déjeuner a été proposé à la place du dîner, mais les Iraniens sont comme les Français, ils ont un certain amour-propre... Ils ont considéré que pour un voyage qui devait annoncer une certaine amélioration de relations bilatérales plutôt tendues depuis les années Sarkozy, un petit déjeuner, c'était trop peu...

On s'étonne que des représentants de notre diplomatie aient été pris par surprise: en 1999, il y a eu le même problème lors de la visite d'un autre président réformateur, Mohammed Khatami; le souci avait été détourné plus facilement par un Jacques Chirac déjà apprécié au Moyen-Orient à l'époque, alors que les relations irano-françaises n'étaient pas aussi difficiles qu'aujourd'hui. Tout cela avait fini sympathiquement, autour d'un goûter. Un échec plus gênant, déjà, en 2009: un dîner officiel avec le Premier Ministre irakien de l'époque, Nouri Al-Maliki, en 2009 n'a pas eu lieu parce qu'encore une fois, on a voulu imposer nos vins, certes délicieux, à un chef d'Etat qui demandait un dîner halal... donc sans vin.

On s'apprêtait donc à assombrir une rencontre qui devait aider à calmer les tensions entre Paris et l'un des plus importants pays du Moyen-Orient au nom de notre orgueil gastronomique. Et en plus, publicité a été faite autour de l'agacement de représentants de la France... rien que pour cela, si Hassan Rohani était bien venu à Paris, la rencontre aurait été un demi-échec. Même si bien sûr, la rencontre aurait bien eu lieu quoi qu'il arrive.

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