Géopolitique

L'idée que des Etats considèrent comme normal d'imposer des sanctions à d'autres, et de là sur des populations entières, a le goût et l'odeur du colonialisme du 19ème siècle. Le fait qu'on utilise ce type d'armes aujourd'hui, pour des raisons géopolitiques, prouve, hélas, que les pays occidentaux ont encore bien du mal à comprendre la nouvelle diplomatie du 21ème siècle... Une diplomatie où l'on ne peut plus s'imposer uniquement par la force, au Moyen Orient, en Asie ou ailleurs. Le seul résultat des sanctions, c'est la souffrance des populations locales. On a pu le voir avec l'Irak dans le passé, et on peut le constater avec l'Iran jusqu'à aujourd'hui.

Rappelons nous de l'impact d'une telle politique sur l'Irak, après la première Guerre du Golfe. Certes, le régime de Saddam Hussein a refusé les tentatives de l'ONU d'alléger quelque peu les souffrances de la population sous le joug des sanctions. Mais les faits sont là : les Américains et leurs alliés ont fait le choix de punir toute une population à cause de son leadership. Et cela a eu un coût, terrible : sur l'ensemble de la décennie 90, 350 000 enfants irakiens de moins de cinq ans sont morts, d'abord à cause des sanctions, mais aussi à cause des destructions liées au bombardements. Une étude, erronée selon certains, dans le milieu des années 1990, avait parlé de 567 000 enfants morts. Ce qui n'avait pas empêché Madeleine Albright, alors représentante des Etats-Unis à l'ONU, d'affirmer, lors d'un entretien télévisé, que le jeu en valait la chandelle... Concrètement, un demi million de petit Moyen Orientaux morts, c'était acceptable, pour celle qui allait devenir Secrétaire d'Etat par la suite. Quand on a ce type de propos en tête, la question posée après le 11 Septembre, un peu partout en Occident, « pourquoi nous haïssent-ils ? », apparaît comme saisissante d'ignorance. Les terroristes sont des manipulateurs cyniques de premier ordre : mais leur plus grand atout est sans doute la politique à courte vue de nombre de nos politiciens et dirigeants, en Europe comme en Amérique du Nord. La vérité, c'est que 350 000 enfants ont été tués pour rien. Les sanctions n'ont pas entrainé de révolution, elles ont juste affaibli un peuple face à un leader qu'elle n'a pas choisi, mais qui lui, est resté au pouvoir jusqu'à la guerre de 2003. Guerre qui a provoqué d'autres souffrances jusqu'à aujourd'hui...

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